La vie du navigateur est faite de choix permanents. Parfois il s'agit de décider entre une infinité d'options, comme il y a deux jours ; d'autres fois il n'y a qu'une seule décision à prendre, qui parfois mène vers une route très différente, avec des implications importantes. Hier soir, Ambrogio a choisi, à la différence de Sam Goodchild qui mène la flotte sur « MACIF », de laisser tomber le passage entre l'Irlande et la Grande-Bretagne et de viser plutôt la route à l'ouest de l'Irlande, probablement moins rapide et plus conservatrice.
« C'est la première fois que je fais un choix de ce genre. Je n'évite pas la route est pour gagner des milles ou chercher une mer plus calme, d'ailleurs à l'ouest aussi les conditions sont dures. C'est que le passage entre l'Irlande et l'Angleterre m'inquiète : il y a des manœuvres compliquées, des bateaux de pêche, des bouées qu'on ne voit pas et beaucoup de trafic. Surtout à l'entrée du chenal il y a très peu de place et on y arrivera avec 30 nœuds et des vagues énormes. Il y a quelques heures, en plus, j'ai eu un problème de pilote automatique qui a cessé de fonctionner pendant un moment. Si une chose comme ça arrivait dans un passage aussi délicat, ça pourrait prendre des proportions énormes. Bref, pour ma première course en solitaire en IMOCA, je ne le sens pas. Ça me coûte de le dire, parce que je sais que je vais perdre énormément de milles, mais chaque chose a son temps et ce n'est pas dans cette course que je veux risquer autant pour une deuxième place. »
Un choix qui reflète clairement l'approche d'Ambrogio : conscient du potentiel du bateau, mais tout aussi lucide dans l'évaluation des risques et dans la priorité donnée à la vision à long terme du projet plutôt qu'à la recherche d'un résultat immédiat.
La journée d'hier avait été résolument positive. « Allagrande Mapei » s'était en effet parfaitement positionné par rapport au premier front de la dépression, réussissant, grâce à une série d'empannages, à dépasser d'abord « Initiative Cœur » de Violette Dorange puis à se rapprocher de « Association Petit Prince – Quéguiner » d'Élodie Bonafous. Et il continue de filer très vite, avec une moyenne de 25,3 nœuds sur les 4 dernières heures !
Les sensations à bord restent extrêmement encourageantes :
« Alors, depuis qu'on a passé le Cercle Polaire Arctique, on est enfin au portant, avec des conditions où le bateau profite vraiment d'un tout autre niveau de performance. On le savait déjà, mais avec le déplacement des foils, la différence est peut-être encore plus marquée : ces vieux foils sont moins puissants dans cette position, ce qui devrait s'inverser avec les nouveaux foils mais en tout cas, le bateau est vraiment impressionnant : au vent arrière, avec 25 nœuds de vent, il est fixé à plus de 25 nœuds de vitesse. Souvent ce sont des conditions où on a un peu peur, là au contraire le bateau est safe, il fait des pointes à 28, 29, et revient à 24… c'est vraiment incroyable. C'est l'inverse de ce qu'il fait au près. »
« Allagrande Mapei » lancé à plus de 25 nœuds
En ce moment, les IMOCA traversent une série de zones d'exclusion au nord de la Grande-Bretagne : les Biodiversity Protection Zones (BPZ), des zones instaurées pour réduire le risque de collision avec la mégafaune marine, en particulier les baleines et autres grands cétacés.
Il ne reste plus qu'à observer les développements de cette première grande séparation de la course. Dans les prochaines heures, « Allagrande Mapei » poursuivra sa propre route à l'ouest de l'Irlande… quels seront en revanche les choix de ses concurrentes directes ? Ce sera un terrain d'observation intéressant entre stratégies différentes, Ambrogio ayant privilégié une navigation plus conservatrice, axée sur la gestion du bateau dans l'une des phases les plus exigeantes de la course.
Cartographie — 13 juin 08h00


